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Après-coup : érotisme de Fort Boyard

Par Pierre Marcelle, Libération, 25 juin 1996

Publié le dimanche 30 juillet 2006 par Aurélien LECACHEUR - Directeur de la publication dans la rubrique Dans la presse en 1996.

        

C’est l’été, c’est Fort Boyard. En voilà une réussite dont la télé de service public qu’elle est fière ! Car il paraît que ça marche du feu de Dieu à l’exportation, Fort Boyard.

Quand on découvrit l’objet à son commencement, voici quelques années, vrai qu’on fut soufflé. Le cadre. L’Atlantique cognant comme un sourd à la base des murailles de Vauban. Le ciel. L’iode. Une vraie idée crypto-écolo, à mi-chemin entre découverte des vieilles pierres du vieux pays et jeu de rôles en manoir hanté ; un avant-goût de vacances, un arrière-goût d’enfance - doulce France, démons et merveilles, mage et grimoires, donjons et château, oubliettes et culs-de-basse-fosse, grilles pesantes et chaînes grinçantes, et des fauves, des lutins, tout ça... Des gens quasiment comme vous et moi, en marcel et baskets de toile, concouraient modestement dans la convivialité de leur club de pétanqueurs ou de cyclotouristes, bienheureux d’avoir seulement passé les sélections pour passer à la télé. L’affaire prit. Pour F2, il importait que cela se sût. Le temps vint d’augmenter la pression, pour donner un standing, une stature - comme un statut d’événement à un divertissement télévisé. Maintenant, Fort Boyard, c’est devenu Hollywood en Charente-Maritime, mais ça ne fonctionne plus tout à fait comme avant.

La cause - humanitaro-caritative - est restée fédératrice, le public domestique (le fort est un bagne, une île, un huis clos que seules de magiques caméras restituent), mais les acteurs ont bien changé, et le Mimile de base a quelque peine à s’assimiler à ces jeunes éphèbes très performants dans la performance sado-masochiste. Moulés dans leurs tenues de décathloniens en tissu aéré et aérodynamique qui détonnent un peu avec le gothique du décorum, le muscle huilé et la cuisse légère, ces jeunes gens et jeunes femmes ne sont pas gens ordinaires, mais sportifs émérites et télégéniques. Surtout télégéniques. C’est ça, le truc, flagrant mais jamais explicite comme samedi, quand une accorte personne, rampant en quête de son Graal sur des cylindres déstabilisant son fragile équilibre, fut invitée par les animateurs hurleurs (Patrice Laffont en tenue de ville et Cendrine Dominguez en Wonderbra) à rester « bien à plat, Nadia, bien à plat ! ». Et bien dans l’axe, surtout, Nadia, de l’objectif se rinçant dans votre décolleté.

Car la fesse ensoleillée et ostentatoire semble désormais inscrite au cahier des charges de l’émission, contraignant une caméra interlude, entre deux suées dans des pénombres monstrueuses, à caresser le derme d’une Esmeralda lascive en son bronzing pour magazine de charme. Ainsi tarifé, le cul body-buildé et trop beau pour être vrai de Fort Boyard est-il devenu infiniment moins bandatif. Ainsi vérifia-t-on avec nostalgie qu’il est plus émouvant, le cul, en colo qu’au Club Med.

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