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Episode 3 : 1837 - 1857 : Construction du fort Boyard

Publié le mardi 30 août 2005 par Aurélien LECACHEUR - Directeur de la publication dans la rubrique Histoire du Fort.

        

Cela fait maintenant un siècle et demi que l’Etat français tente de construire le fort Boyard. Louis XIV a abandonné dès les premiers projets, Napoléon n’a pas réussi à faire tenir debout la moindre pierre. Est-il vraiment possible de construire un fort à cet endroit ? Louis Philippe s’interroge.

En 1837, l’amiral Rosamel, également ministre de la marine, décide de reprendre la construction du fort Boyard. Il souhaite achever le projet malgré les progrès de l’armement. En retournant sur le chantier pour réaliser des travaux préparatoires et des sondages, il s’aperçoit que les assises se sont enfoncées de plus d’un mètre.

En 1839, Louis Philippe sera celui qui, après Vauban et Napoléon, remettra le projet à jour. Mais que reste-t-il des travaux effectués par Napoléon ? Ils sont totalement détruits, la houle et les tempêtes ayant fait leurs œuvres durant trente ans. Tout s’est écroulé, mais cela a un avantage intéressant qui facilitera la reprise des travaux : en s’enfonçant, les pierres déposées entre 1802 et 1809 ont permis de stabiliser le sol du banc de sable. Les travaux peuvent reprendre sur une base saine.

Le génie maritime est chargé de rendre un rapport sur la construction du futur fort Boyard. Le projet, déposé en 1841, prévoit un fort bien plus imposant que celui proposé en 1802 par napoléon. Le nouveau projet comprend des assises extrêmement solides, bien plus perfectionnées que celles des autres projets.

Depuis 1809, les techniques se sont énormément perfectionnées. L’enrochement n’est plus construit à Boyardville puis transporté sur le chantier, mais est directement construit sur le banc de sable. Il ne reste plus qu’à y acheminer des sacs de ciment à prise rapide ! Pour protéger le chantier des vagues, les ingénieurs font construire un barrage (appelé risberme) devant celui-ci.

En février 1842, le gouvernement débloque deux millions et demi de francs pour les quatre ans de travaux à venir. La ville de Boyardville se modernise, une machine à broyer la roche y est installée. Elle servira à la fabrication du ciment. Les travaux reprennent sur l’enrochement en août 1842. Des murs sont construits et résistent aux tempêtes de l’hiver 1842-1843.

De nombreux matériaux sont acheminés sur l’enrochement pendant l’hiver, le travail est très organisé. Toutefois, seuls quelques retards de livraison du granit retardent l’avancée des assises. Le travail reprend en avril 1843, divisé en deux équipes. La première est à terre et prépare le béton. Le soir, elle l’apporte à la seconde, et ensemble, ils le scellent sur l’enrochement.

Désormais, la population oléronnaise est intéressée par le chantier, et de nombreux ouvriers viennent y travailler pour avoir un complément de salaire. Pourtant, ce dernier est plutôt faible, inférieur de 30% par rapport à la moyenne habituelle. En 1844, un remorqueur à vapeur très moderne sert à remorquer les gabarres. La productivité augmente. En juillet, la moitié des deux premières assises est construites. Les fondations seront achevées en 1845. En octobre, les travaux sont stoppés en raison d’une épidémie (on ne sait pas de quoi) au sein des ouvriers, mais les travaux reprennent rapidement.

Devant un tel succès, le génie maritime projette de construire un second fort, baptisé Fort Joinville. Il est quasiment identique au fort Boyard, avec un étage en moins. Mais l’investissement financier du fort Boyard est tel que le gouvernement ne peut assumer la construction d’un second fort, le projet est abandonné.

L’argent prévu pour la construction du fort Joinville sert à agrandir le fort Boyard : un havre d’abordage est construit au nord. Grâce à l’évolution des techniques, les plans initiaux du fort sont modifiés. En effet, il sera construit sur trois niveaux, un rez-de-chaussée et deux étages.

En 1846, les assises ne sont toujours pas terminées, et celles-ci ont été déplacées par les tempêtes du début de l’année. Le mortier se ramollit par endroit sous l’effet de l’eau de mer. Décision est prise de consolider les parties endommagées, ce qui retarde l’achèvement des assises. En 1847, le manque de crédits retarde l’avancée des assises. Le chantier est interrompu et ne reprendra qu’en avril 1848. De nouveaux crédits sont alors débloqués, et le génie maritime prend possession des assises le quatorze octobre. Elles ont coûté deux millions neuf cents mille francs.

Les assises étant terminées, la construction du fort en lui-même peut débuter en 1849. Les plans datent de 1841, et sont inspirées des théories du marquis de Montalembert. Contrairement aux constructions de Vauban, celles-ci n’ont pas été protégées. Fort Boyard est la seule fortification d’inspiration des théories de ce marquis encore debout aujourd’hui.

Mais quelles raisons justifient à ce moment la construction d’un fort à cet endroit ? En effet, depuis l’ère napoléonienne, les progrès de l’artillerie ont été tels, que désormais grâce aux canons rayés, les tirs des îles d’Aix et d’Oléron peuvent se croiser. De plus, Louis Philippe, en bon diplomate, a fait la paix avec les Anglais depuis plusieurs années.

Devenu inutile, le projet Fort Boyard aurait dû en toute logique être abandonné, mais la raison d’état l’emporte sur le bon sens, et les crédits de construction sont effectivement débloqués en 1849. Rapide, la construction du fort n’a duré que dix ans. Long de soixante-huit mètres, large de trente et un et haut de vingt, le bâtiment ovoïde peut contenir trois cents mille litres d’eau dans une citerne placée sous la cour centrale.

Les plans deviennent définitifs en mai 1848, et la construction démarre l’année suivante par le nord du bâtiment, pour protéger les ouvriers des vagues. Les pierres proviennent essentiellement des carrières de Saintonge. En 1850, on construit deux jetées et un embarcadère au sud, mais les gabarres ont du mal à accoster, ce qui ralentit le chantier. En 1851, le nord du rez-de-chaussée est achevé et en 1852, il est possible de loger les ouvriers directement sur l’enrochement. Le rez-de-chaussée est entièrement terminé. Les évents (ouvertures qui permettent l’évacuation des fumées des canons) et quelques autres futilités sont finalement retirés des plans, ce qui permet d’alléger les coûts de construction.

Le chantier est très bien organisé. La destruction des jetées à la fin de l’année 1852 n’est pas un obstacle à la bonne tenue du chantier. Elles sont aussitôt reconstruites. A la fin de l’année 1854, le premier étage est achevé, le gros œuvre est totalement terminé fin 1856. Le fort Boyard est achevé en 1857, sa construction aura coûté six fois moins cher que celle des assises.

Les plafonds voûtés mesurent un mètre et vingt centimètres d’épaisseur, le mur extérieur deux mètres et vingt centimètres, afin de résister à une attaque navale. L’accès au fort se fait par l’escalier au Sud-ouest, les portes sont en bronze. Deux escaliers en bois relient la cour centrale aux étages. Dans le fort, il y a soixante-six pièces voûtées et treize soutes. Le sous sol a été construit au dessus du niveau de l’eau, dans les assises. Une citerne de trois cents vingt-cinq mille litres d’eau filtrée permet d’amener de l’eau aux étages grâce à un système de pompes perfectionné. Des égouts évacuent les eaux usées.

Les soutes servent de magasins ou de rangements pour les munitions (obus,...). Le rez-de-chaussée sert d’intendance et les étages sont réservés aux logements des officiers et sous-officiers. Au second étage, on trouve également un cordonnier, une infirmière et une pharmacie. La terrasse permet la récupération de mille mètres cube d’eau par ans pour la citerne. La tourelle sert de poste de vigie et un sémaphore (permettant de faire de signaux lumineux) y est installé.

C’est un véritable vaisseau de guerre insubmersible. Il peut accueillir près de deux cents soixante hommes, dont une blanchisseuse, une cantinière, des cordonniers,... de quoi créer dans le fort Boyard une ville pouvant vivre en autarcie durant plusieurs mois. Une énorme horloge est construite au nord à l’opposé de la vigie, comme sur la place d’un village. Une garnison entière est alors mobilisée dans ce fort.

Suite de l’histoire du fort : « 1867 - 1907 : Que faire de ce fort inutile ? »


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