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Fort Boyard : décors d’hiver

Par Denis Thibaudeau, Sud Ouest, 9 novembre 1989

Publié le jeudi 30 septembre 2010 par Kévin TOLBIAC dans la rubrique Dans la presse avant 1990.

        

Remis à neuf après six mois de travaux, le fort Boyard prend ses quartiers d’hiver aujourd’hui. Vêtu de sa nouvelle parure, le vaisseau de pierre sortira de sa longue période d’hibernation au printemps prochain

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Le fort (avec ses aménagements) va maintenant attendre le printemps

« C’est décidé. On ferme ! » La direction de la société Tilt Production est formelle. Les conditions d’accostage deviennent de plus en plus difficiles et l’hiver se fait pressant. Jacques Antoine, le grand patron de l’entreprise de production télévisuelle, avait retardé de deux semaines l’interruption des travaux afin de profiter au maximum des conditions climatiques favorables. Mais il a fallu se rendre à l’évidence. « La sécurité du transport est maintenant trop précaire. On arrête là ! »

Le trait est donc provisoirement tiré sur le premier épisode de cette grande aventure architecturale entreprise au début de l’été dernier.

UNE AVENTURE QUOTIDIENNE

Dominique Perrot, le capitaine du « Bacman », la vedette qui assure le transport par mer des techniciens et du matériel, n’est pas surpris par cette décision : « Ca fait déjà un mois que les conditions d’accostage sont délicates. On était obligé de se servir en permanence de la nacelle de la plate-forme pour débarquer.

Plus question de s’amarrer, la mer est trop forte ! ». Une houle de 5 mètres certains jours a rendu la tâche périlleuse pour les marins pourtant confirmés de la société Marine Service. L’un d’entre eux, Eric Guiader, est même tombé à l’eau pendant une opération de transbordement de la nacelle. Il n’a dû la vie qu’à la présence d’esprit de ses équipiers qui lui ont lancé un bout pour l’arracher aux fureurs de la mer ! « Certains techniciens ont refusé de débarquer quand la houle était trop forte. Il était temps que ça s’arrête ! »

Pour la vingtaine de décorateurs qui ont œuvré ces dernières semaines qui ont œuvré ces dernières semaines à l’intérieur de la forteresse, l’expression « boyardesque » était passée dans le langage courant. Jean-Marc Duron, l’assistant décorateur, était le premier à l’utiliser. « Cela représente bien l’esprit qui règne dans cette cathédrale de pierre. A la fois austère et massif, le fort est aussi d’une grande complexité architecturale. Tous les jours, on découvrait de nouvelles astuces dans sa construction. Une fois nettoyé, il révèle une superbe élégance dans sa conception qui est très propice à l’imagination pour les décorateurs ».

Une imagination particulièrement fertile qui a donné lieu à la création d’une plate-forme dite de « déambulation » au premier étage du mastodonte, soutenue par de faux piliers ressemblant à s’y méprendre aux vieilles pierres du fort. La formule est simple. « Beaucoup de bois, des plaques de polystyrène, du grillage et du ciment spécial aux couleurs patinées des vieilles pierres ». Le tour est joué. La question est maintenant de savoir si l’ouvrage subira avec succès les assauts d’un hiver très rigoureux dans cette partie de l’océan.

« UN ENDROIT TROUBLANT »

Tout le monde s’accorde à le dire. Le fort Boyard n’est pas un endroit ordinaire : « C’est un espace troublant parce qu’il ne ressemble à aucun autre d’abord cette situation géographique, entourée par la mer. Savoir que, certains jours, on n’était pas sûr de pouvoir sortir du fort en raison du gros temps. Ça crée, qu’on le veuille ou non, une tension particulière au sein de l’équipe. On est obligé de tout régler sur place y compris les problèmes de relations humaines. Ici, on ne peut pas partir sur un coup de gueule. Depuis, je comprends mieux l’expression « être sur le même bateau ! » ».

Jean-Marc Duron avoue avoir vécu ici une expérience unique en son genre. « Rien à voir avec nos bureaux parisiens. Le fort Boyard est vraiment un lieu spécifique. C’est à nous de l’accepter et non l’inverse ».

Ce matin, la forteresse est étrangement silencieuse. Plus de bruit de perceuse ni de coups de marteau. Dans l’ancienne bouche à canon joliment aménagée en lambris du gardien, on ne guette plus le coup de trompe « Bacman » qui amène la tambouille de midi. Timidement, quelques cormorans survolent de nouveau les lieux de leurs anciens repères, espérant y dénicher un recoin pour se protéger des morsures de l’hiver qui s’avance. Avec un peu d’imagination, on croirait percevoir de la colère à travers leurs cris perçants. L’homme, impitoyable, a fermé hermétiquement toutes les ouvertures du fort : les bouches à canons ont été vitrées, les arcades intérieures ont été munies d’huisseries. Jusqu’à l’entrée principale, solidement verrouillée par une énorme porte blindée.

La forteresse de la longe de Boyard est entrée en hibernation. Un long sommeil qui ne sera troublé que par la ronde hebdomadaire des hommes du « Bacman » chargés d’assurer la maintenance des quatre groupes électrogènes alimentant le bâtiment.

A moins que ce ne soit leur manière de rendre visite à un vieil ami qui commençait à s’habituer à leur présence…


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