Mise en page 1

Incendie à Fort Boyard : les sapeurs, maîtres du jeu !

Par Philippe Baroux, Sud Ouest, 28 mai 1996

Publié le dimanche 30 juillet 2006 par Aurélien LECACHEUR - Directeur de la publication dans la rubrique Dans la presse en 1996.

        

Plongés au coeur de la nuit dans l’incendie déclaré au deuxième étage du Fort, une quinzaine de sapeurs-pompiers ont essuyé l’agression de la houle, avant de pouvoir prêter main forte au gardien de l’édifice, qui a donné l’alerte à 2 heures du matin. Récit.

« Est-ce un exercice ? » L’interrogation rebondit sur la jetée de la Fumée pour se noyer dans la profondeur de la nuit. Tiré de son sommeil par l’aveuglant projecteur de la vedette de la société nationale de sauvetage en mer de l’île d’Aix, le plaisancier observe, incrédule, l’embarquement des pompiers.

Nul ne prête attention à sa curiosité. Les esprits sont ailleurs, transporté au coeur du perthuis d’Antioche, au large d’Oléron, vers la mission qui les mobilise : la délicate intervention sur l’incendie qui a embrasé 2 salles au plus haut niveau de Fort-Boyard. Un feu qui, vu de terre, allume un point rouge clignotant, comme un phare... Dans la nuit de dimanche à lundi, l’accident a vraisemblablement été provoqué par un court-circuit.

QUATRE HEURES : EMBARQUEMENT

Le Fort semble plus loin que jamais. Il brule à une petite demi-heure de « route », dans une houle levée par un fort vent. De longues minutes se sont déjà écoulées depuis l’alerte reçue au centre de secours principal de Rochefort. A 2 heures, le gardien du Fort, tiré de son sommeil par un heureux coup de fil de son épouse, vient de renifler l’odeur du sinistre. Il a pris ses quartiers d’été au rez-de-chassée, pour la durée du tournage des « clés de Fort-Boyard ». Seul. Le feu lèche les décors, dévore le bois et se nourrit de panneaux capitonnés au deuxième étage. Pour tout moyen de défense, il n’a à lui opposer que des extincteurs et ses appels au secours par téléphone.

Il est un peu moins de 4 heures lorsque l’équipage de la vedette de sauvetage fuit la côte. A bord, 5 sapeurs-pompiers volontaires de l’île d’Aix et 2 professionels Rochefortais. Motopompes et équipements respiratoires sont embarqués. Dans les flots, le bateau exécute les mouvements saccadés d’une interminable danse de St Guy.

Alors que cette équipe s’engage dans sa mission, un second groupe de 6 costauds parti de Boyardville à bord des zodiacs des sapeurs-pompiers du chateau d’Oléron et de St Denis vient d’être pêché par la nacelle et hissés au seuil de ses responsabilités.

4h30 : une demi-heure environ après l’établissement d’une petite lance qui alimente la réserve d’eau du Fort, le lieutenant Couraboeuf appaise les esprits. La radio crépite des mots rassurants. « Nous sommes maîtres du feu ! ». A l’autre bout, le capitaine Laurent Jafrate, l’adjudant chef Lucien Bouquet, tendent l’oreille.

La partie n’est cependant pas encore gagnée, « les portes n’ont pas encore été ouvertes » et cette manoeuvre peut encore créer un nouvel appel d’air, réalimenter le foyer. Rude combat où il aura fallu surmonter, en quelques heures, l’accumulation de circonstances défavorables.

La tempête, la nuit (l’électricité avait été coupée sur le Fort), l’impossibilité pour l’hélico de la marine de débarquer 2 pompiers supplémentaires sur l’hélisurface du Fort... Elle se trouve à la verticale des salles embrasées. 100m2 environ sont détruits au second niveau et l’eau s’est infiltré au premier, sur une superficie équivalente.

VICTOIRE !

Jamais les pompiers ne se sont entrainés sur ce site sensible. L’un d’eux, le caporal chef Geay raconte : « la vedette s’est tout d’abord ammaré à un corp mort, hommes et matériels ont été alors transportés sur un zodiac qui nous a conduit au pied de l’apontement du Fort. Nous sommes ensuite montés avec la nacelle. »

A la Rochelle, les officiers de permanence au CODIS (centre opérationnel départemental d’incendie et de secours) suivent l’évolution de la situation en relation avec Rochefort. La nuit leur joue aussi un vilain tour en forme de coupure de secteur. Riposte immédiate avec l’allumage du générateur électrique !

Retour à la pointe de la Fumée. Dans l’ancien restaurant réhabilité en camp de base, le aptron de l’émission, Pierre Godde, répond aux interrogations du conseiller général André Tessier qui s’est présenté en fin de nuit.

Le jour se lève, croissants et cafés chauds réchauffent les coeurs au centre de secours de Rochefort. Avec l’envie de crier victoire. Car, au Fort, les collègues ont gagné la partie.

PAS DE RETARD AUX TOURNAGES

Tilt productions vends « les clés de Fort-Boyard ». Le responsable de l’émission, Pierre Godde, a suivi de près l’intervention des secours tout au long de la nuit, à l’écoute du développement de cette mission, dans l’ancien restaurant qu’a investit la société à la pointe de la Fumée.

Hier, au lever du jour, il s’est rendu sur place accompagné notament du technicien plus spécialement chargé du réseau électrique et de personnels de la société ECBL, versés dans les travaux de la pierre et qui ont signé une partie des travaux de réhabilitation du Fort.

Il s’agissait de diagnostiquer d’une part les dégats causés aux installations techniques du plateau de tournage ; d’autre part ceux, dont aurait eu à souffrir le batiment lui même.

Pierre Godde a été catégorique : « Nous avons réalisé des test techniques sur les cables. Ca semble fonctionner à peu près. Au plan électrique, c’est un peu plus sérieux. Nous avons aussi beaucoup de nettoyage mais nous reprenons notre rythme pour être dans les temps et débuter le 3 juin, comme prévu, le tournage de 12 émissions pour France 2. » déclaration que confirmait dans l’après-midi au téléphone de l’AFP, la direction de la chaîne publique.

Le batiment n’aurait pas trop souffert. « Il n’y a pas de problèmes de structures. Nous devons encore sonder pour en avoir la certitude. mais de prime d’abord, il n’a été constaté que l’éclatement de couches superficielles de pierres. Le ruissellement de l’eau au 3e niveau n’est pas non pls très gênant. Avant que le mur externe ne soit consolidé cet hiver, nous étions habitués aux infiltrations d’eau de mer. »

Pour qui connait l’émission et ses célèbres tigres, le responsable a aussi précisé que les fauves ne paraissaient pas avoir souffert des conséquences de cet incendie. « Le feu s’est déclaré très nettement au dessus de l’endroit où ils sont. L’été dernier, lors du feu d’artifice, nous avions quelques inquiétudes pour eux, mais tout s’était bien passé. »

Laisser un commentaire




Fort Bavard est un site propulsé par SPIP 3.0.17
Statistiques par et Google Analytics