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Interview de Patrice Laffont

« L’équipe de Fort Boyard a vraiment essayé de me retenir, mais je préférais partir au bon moment... »

Publié le vendredi 28 août 2009 par Guillaume COMONT - Rédacteur en chef dans la rubrique Interviews 2009.

        

Patrice Laffont est sans aucun doute l’animateur qui aura le plus marqué les esprits à Fort Boyard. Et pour cause, il a présenté l’émission pendant dix saisons consécutives, entre 1990 et 1999, aux côtés de Marie Talon (1990), Sophie Davant (1990-1991), Valérie Pascale (1992) et bien sûr Cendrine Dominguez (1993-1999), sa plus fidèle partenaire. Aujourd’hui il est de retour sur France 3 pour animer un nouveau jeu produit par Nagui La Liste gagnante. Entre souvenirs et projets, Patrice Laffont nous dit tout...

Fort Bavard : Pourquoi avoir accepté de retenter l’aventure Fort Boyard puisque vous étiez déjà venu en tant que candidat en 2000 ?

Patrice Laffont : J’ai accepté de retenter Fort Boyard parce que c’est une des deux émissions (avec Pyramide NDLR) que j’ai préféré faire, puis j’adore le lieu, l’ambiance et tous ceux qui bossent sur le Fort et qui n’ont presque pas changé depuis le début. Il n’y avait aucune raison que je refuse. De plus, je suis un très bon ami d’Olivier Minne or il me l’a demandé personnellement, et ça m’amusait de remonter sur le Fort.

Fort Bavard : Avez-vous posé quelques conditions à votre participation ?

Patrice Laffont : Oui j’ai demandé à ce qu’on ne me jette pas dans la gueule du loup si j’ose dire en me donnant des épreuves que je ne suis pas capable de faire et ils ont eu de l’indulgence, car je n’avais pas envie de mourir là-bas (rires) !

Fort Bavard : Vous avez fait équipe avec une grande partie des anciens animateurs...

Patrice Laffont : Oui c’était un plus, se retrouver avec des gens que l’on connaît bien, Sophie, Sarah Lelouch, Valérie Pascale et Jean-Pierre Castaldi. Seule Cendrine Dominguez a refusé pour des raisons qui la concernent.

Fort Bavard : Comment s’est déroulé le tournage de l’émission ?

Patrice Laffont : Notre équipe a été, il faut bien le dire, un peu lente au début et surtout peu entraînée mais au fur et à mesure elle est montée en pression et a bien fini.

Fort Bavard : Avez-vous conscience d’être toujours le Maître du Fort préféré de nombreux téléspectateurs qui vous identifient toujours à ce rôle ?

Patrice Laffont : On me le dit souvent. Il y a même des gens qui me disent : « On vous aime beaucoup dans Fort Boyard », ils croient toujours que c’est moi le Maître. Mais c’est vrai, sans fausse modestie, que j’ai créé une sorte de personnage dont Olivier s’est inspiré, comme il le dit lui-même. Bien sûr, Olivier a un autre physique et une autre musculature que moi, mais il sait très bien que l’on travaille un peu dans le même registre.

Fort Bavard : Justement comment ce rôle de Maître du Fort a-t-il émergé ?

Patrice Laffont : On m’a demandé à l’époque de faire une sorte de présentation spécifique, et étant moi-même acteur à la base je l’ai fait avec plaisir. Mais il faut bien savoir que ce rôle ne m’a pas valu que de la sympathie d’ailleurs, car au début on m’avait demandé d’être très méchant et beaucoup de gens commençaient à m’écrire en me demandant « qu’est-ce qui se passe ? Vous êtes gentil d’habitude, pourquoi êtes-vous devenu si méchant ? ». Ils avaient complètement oublié le second degré.

Fort Bavard : Après ces nombreuses réactions, avez-vous demandé à ce que votre rôle soit légèrement revu ?

Patrice Laffont : J’ai demandé à la production au bout de trois ans de me laisser radoucir mes propos, car des gens m’en voulaient et je n’avais aucune envie de me couper du public.

Fort Bavard : Beaucoup de fidèles souhaiteraient le retour des anonymes dans l’émission, quel est votre avis sur la question vous qui avez connu cette période avec Sophie Davant et Valérie Pascale ?

Patrice Laffont : Je suis totalement d’accord avec Olivier sur cette question, on en a souvent discuté et j’ai personnellement largement préféré ma période avant l’arrivée des célébrités (en 1990-1992 NDLR). Ce sont de très bons joueurs, ils se défoncent plus, il n’y a pas de problème d’ego, on n’a pas besoin de les ménager. J’ai même vu des candidats frapper violemment dans les portes tant ils étaient motivés et avaient à cœur de réussir... Enfin, maintenant c’est bien parce que les équipes jouent pour des associations caritatives. Mais à l’époque ils jouaient pour eux donc la motivation était d’autant plus forte. Ils allaient même jusqu’à s’entraîner. On a même su que des équipes recréaient des cellules dans leur village ou dans leur ville. Ils étaient donc très entraînés. Aujourd’hui à part quelques sportifs qui viennent, la donne a changé.

Fort Bavard : Avez-vous été surpris de voir Eva Longoria et Tony Parker à Fort Boyard ?

Patrice Laffont : Oui, j’ai pu voir cette émission et j’ai été de toute façon très impressionné en début de saison de la disponibilité d’Eva Longoria et de Tony Parker qui sont d’énormes stars et qui ont accepté de jouer le jeu avec une gentillesse et une humilité extraordinaire. Alors quand on parle de stars télévisées ça me fait bien rire, car eux ce sont de vraies stars et ils ont joué le jeu.

Fort Bavard : La venue de Gilbert Montagné sur le Fort avait été un moment fort du jeu, quel souvenir en gardez-vous personnellement ?

Patrice Laffont : C’est l’un de mes plus beaux souvenirs même si cela fut un peu dramatique bien sûr. Déjà j’avais été très surpris et admiratif que Gilbert souhaite venir jouer à Fort Boyard, il l’a fait avec la joie de vivre qui le caractérise. Puis quand on l’a enfermé dans le scaphandre, le son s’est coupé, alors que c’était le seul contact qu’il le reliait à nous, et tout a basculé. Il m’a même dit qu’il avait cru qu’il était mort. Il n’avait plus la vision bien entendu, mais également plus l’audition, il a donc paniqué. Quand on l’a remonté et qu’on a réparé la liaison, il a voulu y retourner, mais Marie-France Brière, alors productrice du jeu à l’époque, a dit qu’il n’en était pas question et ils lui ont choisi l’aventure du fil d’Ariane, adaptée pour l’occasion à son handicap. En tout cas, il a été extraordinaire, franchement chapeau.

Fort Bavard : Vous avez eu de nombreuses coanimatrices, les téléspectateurs se souviennent tous du duo que vous avez formé pendant sept ans avec Cendrine Dominguez, de votre côté avec qui avez-vous pris le plus de plaisir ?

Patrice Laffont : Sophie Davant sans hésitation, je ne vous le cache pas une seconde. Je m’entendais bien avec Cendrine, mais il y avait un problème de concurrence, elle ne respectait pas toujours les rôles qui nous incombaient personnellement. Elle essayait de dépasser un peu sur mon rôle et de temps en temps cela m’agaçait un peu. Sophie faisait son boulot avec beaucoup de sourire, d’humilité et on s’est mieux entendu. En même temps j’avais de très bons rapports avec Cendrine, je la trouvais magnifique, elle avait le physique de l’emploi.

Fort Bavard : Quel souvenir gardez-vous du duo que vous formiez avec Valérie Pascale ?

Patrice Laffont : Valérie Pascale était de loin l’animatrice la plus « facile », la plus simple. Elle ne pensait qu’à faire des épreuves. Elle nous faisait beaucoup rire, car parfois une demi-heure avant le début de l’émission je la voyais avec un baudrier d’escalade sur les épaules. Elle me disait qu’elle allait se faire un petit mur. Moi je lui demandais si elle ne ferait pas mieux de préparer ses fiches alors qu’elle me répondait « on verra bien ». Bref, tout se passait dans la décontraction la plus totale.

Fort Bavard : Et au sujet de Marie Talon, avec qui vous n’avez partagé que neuf émissions en 1990 ?

Patrice Laffont : J’aimais beaucoup Marie, mais c’était au tout début. En tout cas, sa présence a été importante et je le revendique, car au début la présentatrice choisie n’était pas du tout faite pour tenir le rôle qu’on lui connaît aujourd’hui. J’en ai parlé à Jacques, même si moi ça m’arrangeait, car je ne voulais pas courir partout à longueur de temps. Mais il faut avouer que le rôle attribué à l’animatrice en 1990 n’était pas loin de celui de potiche. Grâce à mon insistance, le rôle a pris une vraie dimension.

Fort Bavard : Aujourd’hui, regardez-vous toujours l’émission ?

Patrice Laffont : Oui comme je le disais j’ai suivi cette année la première et j’en regarde en général deux ou trois l’été. Mais je regardais beaucoup l’émission auparavant avec ma fille, pratiquement tous les samedis, quand elle était plus jeune, aujourd’hui moins, car elle a grandi. Depuis un ou deux ans maintenant j’ai décroché et je regarde surtout les émissions exceptionnelles et je vais sûrement regarder l’émission à laquelle j’ai participé le 1er août, car le samedi d’avant je suis au théâtre.

Fort Bavard : Lors de votre participation en juin dernier, vous avez eu droit notamment à une confrontation avec le Père Fouras. Pensez-vous qu’avoir animé le jeu pendant dix ans soit un avantage ?

Patrice Laffont : Je ne pense pas, car les épreuves ont complètement changé et il y a finalement très peu d’épreuves de mon époque qui sont encore en place. Quant aux énigmes du Père Fouras, j’en ai tellement entendu et en plus ça m’amuse, car c’est une tournure d’esprit que j’ai dans la vie, donc ça s’est bien passé.

Fort Bavard : Le jeu fête cette année ses vingt ans de diffusion, en prenant le poste en 1990, aviez-vous imaginé un tel succès international ?

Patrice Laffont : Un succès mondial certainement pas, en France oui, 20 ans peut-être pas, en tout cas ce jeu à l’avantage de rester original, d’être une prodigieuse aventure et de n’être diffusé que dix fois dans l’année et cela crée donc une attente. Puis les enfants adorent et les jeunes, même les adolescents, se passent le mot... Il y a un creux entre 30 et 60 ans puis les grands-parents regardent l’émission également.

Fort Bavard : Aujourd’hui le jeu tente de plaire aux enfants et aux jeunes, mais en 1990 ne croyez-vous pas que le concept et surtout certaines épreuves étaient plus à destination d’un public mature ?

Patrice Laffont : Ce n’est pas faux ce que vous dîtes, en y réfléchissant bien c’est vrai qu’aujourd’hui ils tirent plus vers le jeu vidéo, sans temps mort, c’est ce qui plaît finalement aux enfants alors que c’était plus dramatique et sans doute plus dur au début de ma période de présentation, après à la fin c’était plus semblable avec de nouvelles épreuves chaque année qui nécessite une imagination débordante que seuls des créateurs comme Jacques Antoine ou encore Yann Le Gac peuvent avoir au fil des années.

Fort Bavard : D’ailleurs, restez-vous en contact avec le Père Fouras et Olivier Minne ?

Patrice Laffont : Oui j’essaye de le voir le plus souvent possible, mais ce n’est pas toujours évident, car il est souvent parti puisque comme chacun sait il est aussi à l’origine des épreuves de Koh-Lanta. Quant à Olivier, c’est un de mes amis les plus proches et je me permets de le conseiller, on s’appelle d’ailleurs très souvent et il me nomme très amicalement son « père de télévision ».

Fort Bavard : Ne trouvez-vous pas qu’Olivier est sous-exploité en télévision ?

Patrice Laffont : Oui, je l’ai souvent dit même si mon avis n’a aucune importance ! Il faut dire qu’Olivier est très direct et ne se laisse pas faire, ce qui parfois lui fait aussi défaut. Moi personnellement je l’ai toujours trouvé super dans l’émission Matin Bonheur où il réalisait de superbes interviews, Olivier est un excellent journaliste. Il a une grande culture, il pose d’excellentes questions et personnellement si je le pouvais je lui concocterais une émission comme un talk-show où il pourrait exploiter toute l’étendue de ses capacités et de ses qualités...

Fort Bavard : Dix ans après votre départ, avez-vous regrettez un jour d’avoir quitté le jeu ?

Patrice Laffont : Vous savez dans la vie je suis quelqu’un d’assez impulsif, je pense que j’avais fait le tour du rôle, j’avais l’impression de me répéter. Ils ont vraiment essayé de me retenir, mais je préférais partir au bon moment, quand l’émission marchait plutôt qu’ils ne se séparent de moi ensuite, car ils ne m’auraient certainement pas gardé cent sept ans, du moins sûrement pas jusqu’à aujourd’hui. Je préférais donc dire moi-même que je partais plutôt que de m’entendre dire que j’avais fait mon temps et qu’il fallait que je quitte le jeu même si ça aurait été avec les honneurs...

Fort Bavard : Vous revenez aujourd’hui sur le service public après quelques années d’absence, êtes vous heureux de retrouver France Télévisions et ses équipes ?

Patrice Laffont : Très. J’ai toujours été fidèle à France Télévisions malgré quelques petits appels de la concurrence, notamment au moment où j’ai commencé Fort Boyard, et justement j’ai décidé de rester sur le service public parce qu’il y avait Fort Boyard. Aujourd’hui c’est vrai que je suis content, car on ne faisait plus appel à moi sans jamais vraiment m’avoir donné de raison, sans doute pour une question d’âge. D’ailleurs, ça m’agaçait un peu, car je ne pensais pas encore être dépassé et que physiquement je pouvais encore montrer ma tête à la télévision.

Fort Bavard : Et vous débarquez donc sur France 3 pour animer La liste gagnante à partir du 27 juillet (la diffusion se poursuivra tout l’été jusqu’au 18 septembre au moins). Qu’est-ce qui vous a plu dans ce concept ?

Patrice Laffont : Je suis très content, car je n’étais pas seul sur le coup et c’est Nagui, pour qui j’ai beaucoup d’admiration, qui a pensé à moi, il a dû d’ailleurs se battre un peu pour que je sois choisi. Alors au départ, je vous avoue que ce n’est pas le concept qui m’a particulièrement motivé, j’étais surtout ravi de pouvoir revenir, et d’autant plus à la tête d’un jeu, ce qui reste toujours mon credo à la télévision. Je pense que Nagui a pensé à moi aussi parce qu’il connaissait mon amour du poker et ça l’a poussé à me prendre. Mais sinon oui le concept est plaisant, une question n’amène pas une réponse, mais de multiples réponses. Par ailleurs, le jeu laisse place au bluff, et je trouve cela très intéressant. Le jeu n’est pas trop simple, il y a une mécanique plus complexe qu’un jeu traditionnel et le tout sur un fond culturel, ce qui n’est pas négligeable. Le jeu en lui-même est aussi très moderne, le plateau est très beau et les jeux de lumière renforcent l’ambiance générale. Après j’espère que ça marchera bien sûr, mais le créneau n’est pas évident, car on arrive en plein milieu de l’été, pendant le Tour de France et face aux journaux télévisés... En tout cas, j’invite tout le monde à regarder, on s’amuse beaucoup sur le plateau et on apprend plein de choses.

  • Retrouvez Patrice Laffont du lundi au vendredi à 13 h sur France 3 dans La liste gagnante.

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Interview réalisée par Guillaume COMONT le 23 juillet 2009 - Fort Bavard remercie chaleureusement Patrice pour le temps qu’il nous a consacré entre deux enregistrements de La liste gagnante.

Photos : © France 2 / Jean Pimentel / Gilles Scarella

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